Voilà un autre texte que vous pouvez continuer.. A vous de voir. Bonne chance et bonne lecture !
On ne badigeonne pas avec le sport
Et un, deux, trois, quatre.. Et un..
Ce qu'il y a de bien, lorsque l'on est en plein footing, c'est que l'on peut pratiquer deux choses en même temps. Apprendre à compter, pour les plus ignares et courir sans s'en lasser, pour les plus sportifs. Il y en a qui profitent de la situation en exorbitant leurs atouts majeurs. Ceux-ci aiment dérouter les jolies passantes en formulant des mouvements de va et vient avec leurs énormes muscles. Et puis, il y a les pauvres gringalets qui n'arrivent pas à faire un pas sans prendre une longue pause afin de reprendre une respiration qui est déjà à bout de souffle. Mais il y a aussi les demoiselles qui se ressourcent en parcourant quelques kilomètres, tôt, chaque matin.
Lise en fait partie. Elle avale les rues, chronomètre à la main. Certains diraient qu'elle veut se montrer comme une professionnelle en la matière. Elle les laisse parler dans leur coin, assis sur un banc. Ce sport quotidien appartient à sa vie. Elle ne peut s'en passer. C'est un peu comme un fumeur de longue date qui n'arriverait à lâcher la nicotine de sa cigarette. Elle, ce qui la possède, l'envie, lui manque, c'est l'adrénaline. Et si, comme une droguée, elle n'a pas sa dose, elle devient une stressée en permanence. Elle a une énergie à consommer. C'est devenu vital.
Ce matin là, elle s'était levée à 6h. Elle avait enfilé un large t-shirt délavé, qui ne la mettait nullement en valeur, et un short, vraiment court, qui laissait entrevoir ses genoux. Elle avait prit un fond de café, avait attaché ses cheveux et était partie de son appartement. Comme d'habitude, elle n'avait pas utilisé l'ascenseur. Elle était descendue par les escaliers en s'échauffant à vive allure. Et un, deux, trois, quatre.. Le refrain avait pu commencer.
Elle pointait ses cuisses le plus haut possible. Arrivée dans le grand boulevard, elle sautait, sautait, sautait. Les pigeons qui s'affairaient sur les quelques miettes délaissées la vieille, étaient effrayés par cette gymnastique insoutenable. Ils s'envolaient loin de la troublante écervelée, mais aussi, loin de leur repas. Lise sentait le froid lui parcourir les membres, le vent qui soufflait toujours plus fort et le regard appuyé des passants qui allaient nonchalamment au travail. Ils étaient forcés de se lever à cette heure. Ils trouvaient inadmissible qu'une jeune soit debout, fraîche, si tôt, alors qu'elle n'en avait pas l'obligation. Elle les devançait grâce à ses grandes enjambées. Ils lui voyaient un air narguant qui leur déplaisait beaucoup. Elle n'y faisait jamais attention. Elle continuait son chemin, les yeux fixés sur l'horizon. Elle aimait énormément avancer, la vision placée à un endroit donné. Elle s'imaginait sûre d'elle, ce qui était rare.
Elle s'était arrêtée devant la boulangerie qui faisait l'angle de la Rue Sainte-Sophie et de l'allée Marignan. Elle n'avait pas eu besoin de patienter : les clients potentiels dormaient ou devaient se réveiller. Elle avait demandé deux baguettes, comme chaque matin. Ses achats sous le bras, elle était repartie, en décrivant de nombreuses foulées. Son petit tour terminé, elle était rentrée chez elle par un léger sprint. Étrangement, elle était arrivée la première mais aussi la dernière.
Au seuil de sa porte, elle avait posé une main dans la petite poche de son short pour y ressortir ses clés. Il n'y avait rien. Croyant qu'elle avait mal fouillé, elle s'y était remise à deux fois, trois fois.. Voilà qu'elle se remettait à compter. Elle avait beau remuer son short, sa poche était toujours vide. Elle avait laissé tomber ses deux baguettes à terre et s'était pincée la lèvre supérieure. Elle avait le coeur qui battait son plein. Pas seulement d'essoufflement.
mO.